Le modèle allemand du «Beirat» dans les entreprises du «Mittelstand»

Par Alain Tanugi

Les entreprises du Mittelstand (l’équivalent de nos PME/ETI) profitent systématiquement d’un Comité Consultatif institutionnalisé, constitué de 3 à 5 membres choisis par le Dirigeant de l’entreprise.
Le Mittelstand désigne la nébuleuse des PME allemandes, le plus souvent à capitaux familiaux. Leur succès est remarquable et forme le socle de la réussite de l’économie allemande. Peut-on expliquer pourquoi cette réussite est, souvent, très supérieure à celle de leurs homologues françaises ?
On peut sérieusement émettre l’hypothèse qu’une clé de différenciation des entreprises du Mittelstand pourrait être l’existence du Beirat.
Ni Conseil d’Administration, ni cabinet de conseil en stratégie ni, encore moins, équipe de direction, le Beirat est un Comité Consultatif institutionnalisé, constitué de 3 à 5 membres choisis par le Dirigeant de l’entreprise. Composé d’hommes et de femmes de grande expérience et rémunérés modestement, ceux-ci se réunissent occasionnellement pour échanger sur ses projets. Jouissant de sa confiance, ils sont ainsi disponibles pour engager avec lui une discussion franche et ouverte, challenger ses idées, émettre des avis, échanger des points de vue.

Le Beirat : mise en réseau, conseils et échanges

Jouant un véritable rôle de Conseillers particuliers du Chef d’Entreprise, les membres du Beirat peuvent apporter une expertise, ou se voir (quelquefois) conférer un rôle d’arbitre et de mise en relation : chacun d’entre eux dispose d’un réseau et d’un cercle de connaissances, ce qui peut ainsi profiter au Dirigeant conseillé.

Qui sont donc les membres du Beirat ? Pour les choisir, il est possible pour les Allemands de passer en particulier par les réseaux de leurs Chambre de Commerce (Handelskammer). Ils doivent remplir les conditions d’un profil bien précis, en accord avec les thématiques de travail de l’entreprise concernée. Tout le monde ne peut devenir membre d’un Beirat : tenue au secret le plus absolu, la personne doit posséder une capacité d’exercice illimitée et ne doit pas être membre du Beirat d’une autre entreprise du même secteur. Une fois l’équipe composé, la création du Beirat est très simple : elle passe par la conclusion d’un contrat entre l’entreprise et les membres de ce Comité Consultatif. Ce contrat définit clairement les compétences et les champs d’action de celui-ci.

La clef du succès du Mittelstand allemand ?

Les PME allemandes sont trois fois plus nombreuses qu’en France, et contribuent, de manière décisive, à l’innovation et à la grande réussite du commerce extérieur. Le Beirat, en tant que Comité Consultatif du Patron de l’entreprise, joue probablement un rôle-clé dans ce succès : il permet, entre autres, une mise en réseau des PME, qui travaillent, non pas chacune de leur côté, mais ensemble et en contact les unes avec les autres.

Situé entre Conseil d’Administration et Consultants externes à l’entreprise, le Beirat bénéficie de la confiance du Dirigeant qui en a choisi les membres et qui interagit avec eux dans une relation d’égal à égal. Ceci lui permet de sortir de sa solitude et de bénéficier de l’expérience de ces « Conseillers » expérimentés dans la prise de décisions stratégiques et la mise en œuvre de projets.

C’est donc une rencontre de plusieurs talents, un échange franc de points de vue et un potentiel de mise en relation qui concourent à la réussite du Beirat, sortant la PME de son isolement pour la faire bénéficier de conseils exclusifs d’autres Chefs d’Entreprises et d’Experts.

Un exemple inspirant

Et si le succès du Beirat était transposable en France ? Ceci semble réalisable car les talents disponibles ne manquent pas. Restera la confiance à créer entre le Patron de l’entreprise et ses futurs Conseillers éventuels.

La création récente du « Collège du Président » vient à point nommé pour tenter de combler la lacune en France. Voilà, peut-être, une nouvelle occasion de revisiter le rôle des PME dans notre économie et d’ouvrir de nouvelles perspectives à leurs Patrons.